De la feuille de coca à la graine de cacao !

3 mois à Juanjui…

C’est le temps qu’il vous faut pour faire 2 fois le tour de tous les restaurants de la ville, de connaître par cœur les rayons du Minimarket de la rue Huayaga, et enfin, de se faire héler par la moitié de la ville à chaque coin de rue. Mais à l’aube de prendre la route pour rejoindre d’autres aventures on se rend compte que 3 mois à Juanjui, c’est tout juste le temps qu’il vous faut pour prendre la température d’une région remplie d’histoire qui mène chaque jour un combat exemplaire pour se redresser et faire part au monde de ses extraordinaires richesses.

Alors oui quand nous sommes arrivés au Pérou, nous avions vaguement entendu parlé de cette fameuse région de San Martin, ou plus précisément des communautés au bord du fleuve Huayabamba qui abritaient dans les années 80 l’une des plus grandes zones de production et de vente de coca. Mais au final à part quelques témoignages plutôt très vagues de limeños encore approximatifs sur leurs cours d’histoire, nous nous faisions globalement un mythe de cette époque et pensions que tout ça était définitivement mort et enterré.

Mais c’est au hasard de quelques discussions avec Oswaldo et d’autres producteurs que nous parvenons enfin à reconstituer l’histoire… Cette histoire elle n’est pas rose ni même colorée d’ailleurs. C’est une histoire noire, de celles qu’on enfouit profondément pour ne plus y toucher. Elle est de celles qui se murmurent au comptoir des cafés mais qui ne se racontent jamais vraiment… Elle est aussi de celles qui laissent un goût amer et qui transportent leurs lots de souffrances.

La coca, source de revenue et de violence

Dans les années 80, la communauté de Dos de Mayo dont nous revenons tout juste est au centre d’un trafic de drogue international. Entourée de parcelles de coca à perte de vue, cette petite ville abonde d’acheteurs internationaux venant de bon matin avec de gros billets et repartant aussitôt depuis l’aéroport improvisé de la ville  avec de gros sacs de coca. A l’époque, Dos de Mayo compte 2/3 fois plus d’habitants qu’aujourd’hui (1000) et vit au rythme de différentes forces armées contrôlant le trafic de drogue tel que le Sentier Lumineux.

Totalement isolée du gouvernement péruvien qui ferme les yeux plus par manque de moyens militaires que par conviction, la région plonge dans l’univers étouffant des cartels de drogue, des exécutions sommaires et des réglements de compte. « La plaza de Armas était aussi le siège du tribunal local… Un jour, ils ont même tué un jeune de douze an lors d’une exécution publique qui a mal tourné » nous raconte Charito de Santa Rosa alors jeune fille à Dos de Mayo.

IMG_7770 (2)

Charito del Castillo, comunauté de Santa Rosa

Malgré ce climat de violence et de tensions permanentes, le Sentier Lumineux réussit à faire de la région une zone prospère et très riche. On nous raconte que les habitants de Dos de Mayo sont aisés et qu’ils n’hésitent pas à le montrer en dépensant à foison les revenus que leur apporte la coca. Il faut s’imaginer un village et une région à deux vitesses. D’un côté les revenus de la coca créent un cercle vertueux de richesse économique mais de l’autre, les corps jonchant les bords du fleuve rappellent quotidiennement la violence et la précarité amenées par de telles organisations et un tel modèle.

Les Etats-Unis, à l’origine d’un tournant sans précédant

Mais alors vient un temps où les Etats-Unis, l’un de premiers pays importateurs de drogue à l’époque, décident d’entreprendre une grande politique de lutte contre les cartels et dessinent des plans de transformation de l’activité locale pour éradiquer l’influence de la drogue et des organisations considérées comme terroristes comme le Sentier Lumineux. De concert avec le gouvernement péruvien, ils lancent une grande vague de pulvérisation aérienne de maladies sur les champs de coca. En l’espace d’un an, la production s’effondre et bientôt la région ne ressemble qu’à l’ombre d’elle même… « La région est tombée dans une pauvreté extrême. Les salaires ont chuté à 7 soles par jours (En 2015 on est à 25 soles/jours + le repas du midi ) et le travail manquait cruellement. » nous raconte Maria, notre responsable de stage à la Fundavi.

Pendant des années, la région souffre et vit dans une précarité quotidienne à tel point qu’une vague de migration dépeuple les villages petit à petit. Mais quelques années plus tard, le gouvernement américain et le gouvernement péruviens viennent présenter un plan de reconstruction de la région via la production de cacao. Avec le temps, les producteurs adoptent cette graine venue d’Equateur et de Colombie et en font leur activité quotidienne jusqu’à obtenir il y a peu un prix international lors du salon du chocolat à Paris. Avec le temps, la région s’est apaisée et s’est peu a peu construit une nouvelle identité autour de cette petite graine et de la conservation de l’environnement.

Le cacao, l’avenir d’une région qui s’ouvre au monde

Ainsi, des champs de coca aux parcelles de cacao il nous paraissait y avoir qu’un pas mais vous comprenez que la réalité est tout autre… Cette histoire, c’est celle de Robert, Cristian, Wilder, Darwin mais aussi d’Olswaldo. L’histoire d’un homme de 60 ans au visage marqué par les années passées dans le milieu de la drogue qui aujourd’hui incarne l’espoir d’une région qui croit en son cacao et qui en est fière.

IMG_7773

Oswaldo del Castillo, comunauté de de Santa Rosa

L’effervescence autour du cacao et de la protection de l’environnement amène de nouvelles dynamiques et bientôt Pucalpillo, Santa Rosa et Dos de Mayo accueilleront leurs premiers « éco-touristes » avec la ferme intention de leur montrer ce que c’est de vivre paisiblement sur les bords du Huayabamba. Alors non, la production de cacao n’est peut-être pas ancestrale dans cette région du monde… Non, la place de Dos de Mayo n’a pas toujours été aussi festive qu’elle le fut ce week-end… Non l’éradication de la coca n’est toujours pas réussie à 100 % car de nombreuses zones sont encore productrices aujourd’hui…

Mais nous sommes simplement super fiers et honorés d’avoir pu faire parti d’un tout petit bout de cette histoire. Maintenant on laisse à l’avenir l’art de nous surprendre quand nous reviendrons, car oui c’est sur, ce n’est pas un adieu définitif !!

IMG_2803

A la prochaine Juanjui !

Publicités

3 réflexions sur “De la feuille de coca à la graine de cacao !

  1. Justine Bossut dit :

    Extrêmement fière de votre parcours!
    Merci pour ce partage si généreux.
    Très bonne continuation pour la suite de votre aventure !

    Gros bisous

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s